• Chronique d'un confinement privilégié

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    Je suis une privilégiée et j’en suis consciente. Je vous parlerai ici de privilège en matière de ressources financières et culturelles, mais je suis privilégiée pour beaucoup d’autres raisons également, je vous en parlerai une prochaine fois. Je vis dans un environnement sain, quasiment sans nuisance(s), dans un village coquet. Je dispose de suffisamment d’espace, voire trop, pour changer de pièce selon mes envies et mes activités. J’exerce une profession qui, après quelques aménagements, permet le télétravail. Ah et détail qui a toute son importance : je n’ai pas d’enfants et je ne vis pas avec une personne à charge – chapeau bas à celles et ceux qui ont jonglé pour travailler à distance tout en s’occupant d’autres personnes.

    Bien entendu la vie sociale m’a manqué : les réunions politiques, le théâtre, les répétitions de musique (et l’apéro après), les restaurants. Ce qui me manque le plus c’est de prendre mes parents dans les bras, d’embrasser ma grand-maman ou encore d’échanger avec mes amies et amis collé·e·s dans un canapé durant des heures. Heureusement que nous pouvions prendre l’apéro à la maison en se voyant par écrans interposés, mais ce n’est pas la même chose.

    D’un autre côté, j’ai apprécié cette période plus calme : je n’étais pas sans cesse en train de courir entre le travail, le sport, les séances politiques et les nombreuses répétitions de musique.

    Bien sûr qu’il y avait quelque chose d’oppressant, d’angoissant, une peur de la maladie et de la tristesse liée à ses conséquences terribles. J’attendais nerveusement les conférences de presse du Conseil fédéral, j’actualisais sans cesse le fil d’actualités de la Tribune de Genève. Et surtout, je me sentais largement inutile à cette société en crise.

    Alors, à un moment donné, j’ai lâché ; mise au chômage partiel, j’ai arrêté de me culpabiliser de ne pas travailler autant que d’habitude. J’ai décidé de ne plus suivre avec autant d’assiduité les nouvelles anxiogènes. J’ai même cessé d’attendre les conférences de presse. Je me contentais de lire les nouvelles ordonnances – la juriste que je suis s’accroche à ce qu’elle connaît et comprend. Je me suis mise dans une bulle.

    J’ai pris le temps de lire – des essais pour apprendre et réfléchir, mais aussi de nombreux romans, pour m’évader –, de cuisiner, de regarder des films, de jardiner, de me promener tous les jours avec mes parents – à distance, chacun d’un côté du chemin –, de jouer de la clarinette – pour moi et aussi pour les voisin·e·s le soir à 21h. Cela m’a également laissé le temps de réfléchir. Qu’est-ce que je veux vraiment pour ma vie ? Qu’est-ce qui compte pour moi et qui me rend heureuse ? A quelles activités suis-je d’accord de consacrer du temps ? Est-ce que je souhaite changer de profession ?

    Et tout ça, m’a fait un immense bien. Forcée d’arrêter ma vie palpitante mais aussi astreignante, j’ai adoré prendre le temps. Et même perdre mon temps.

    Je sais que le confinement n’a de loin pas été aussi facile pour tout le monde, à commencer par les personnes atteintes dans leur santé, celles qui attendent des heures aux abords de la patinoire des Vernets pour recevoir de quoi survivre, celles qui ont continué à travailler pour faire tourner la société, et ce n’est pas ici mon propos. Je voulais simplement partager avec vous ce que j’ai pu en tirer de positif. Des hauts et des bas, j’en ai eu. De sacrées remises en question même. Des pleurs au téléphone parce que la reprise me paraissait insurmontable.

    Et puis finalement, je suis ravie d’avoir repris le chemin du bureau, surtout parce que j’ai encore un travail. Alors j’espère ne pas oublier trop vite les leçons de ce confinement.

    Il ne reste plus qu’à trouver un juste équilibre dans tout cela.

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