• Ma nuit a été belle !

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    Cette nuit du 26 septembre 2019 était inhabituelle : pour une nuit, le Grand Genève s’est obscurci[1]. Imaginée pour sensibiliser à la pollution lumineuse qui impacte les rythmes biologiques de la faune, de la flore, et qui dégrade les habitats naturels, cette nuit est un événement en soi.

    Habitant Lully et me déplaçant quotidiennement à vélo, je suis une habituée des chemins non éclairés. Mais quel plaisir indescriptible j’ai pris à arpenter des rues habituellement tant illuminées, plongées dans une semi-pénombre[2]. Je m’y suis sentie si petite, mais si apaisée.

    J’aperçois la rade avec un peu moins d’enseignes lumineuses, le pont du Mont-Blanc illuminé uniquement par les phares des automobilistes y circulant. Je traverse une Place Neuve splendide d’obscurité, avec un Grand Théâtre, un musée Rath et un parc des Bastions éteints, endormis.

    Aux abords du stade de la Praille, éclairé pour un match, je dévisage deux motards qui sont assis sur leurs motos à l’arrêt sur un îlot. Me rapprochant je réalise que ce sont deux policiers qui attendent la fin du match pour éviter les débordements. J’ai ri de m’être demandée ce qu’ils faisaient là. Je les ai salués. Ils m’ont répondu gentiment, eux aussi, comme perdus dans cette sombre vastitude.

    Sur le bord de la route de Base, une voiture s’arrête, semble vouloir faire demi-tour. Le conducteur m’indique en souriant que sans lumière, il a manqué le chemin qu’il devait prendre. Il me laisse passer.

    Plus loin, je m’aperçois que je suis beaucoup plus attentive aux bruits qui m’entourent. Quand un sens est diminué, les autres s’en retrouvent décuplés. J’entends des cloches de vaches, un camion au loin, puis les insectes si proches.

    Lever la tête vers le ciel pour contempler son immensité. Profiter de la nuit, l’accueillir comme un répit dans nos vies effrénées et ultra-connectées. J’ai adoré cette nuit hors du temps.

    Je me rends compte, une fois encore, que l’humain est si petit face à l’univers, face à cette Terre qui nous nourrit et nous héberge. Pour observer les étoiles, faire des économies d’énergie, protéger la biodiversité nocturne, préserver la santé humaine, j’espère que cet événement sera reconduit, souvent !

    Dans l’intervalle, les commerces et les entreprises n’étant pas actives durant la nuit pourraient tirer la prise pour laisser tout le monde se reposer (les ampoules aussi).

    Un grand merci aux organisateur·trice·s, aux communes et à toutes les entreprises ayant joué le jeu : ma nuit a été belle !

     

    [1] https://www.lanuitestbelle.org/

    [2] De nombreuses enseignes scintillaient et les lumières des bâtiments étaient présentes à de nombreux emplacements.

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  • Milicien·ne·s, vraiment ? Repensons notre façon de faire campagne !

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    Mon engagement en politique est porté par ma volonté d’améliorer notre pays, de réduire les inégalités et de permettre à chacune et chacun de bénéficier de suffisamment de ressources pour s’épanouir, comme bon lui semble. Je me suis toujours battue pour l’égalité et suis persuadée que celle-ci passe, notamment, par une meilleure représentativité de la population dans nos instances politiques. Alors lorsque l’appel interne à candidatures a été lancé, je n’ai pas hésité : pour nous ressembler, notre parlement fédéral doit être plus jeune[1] et plus féminin[2].

    Je n’avais pas vraiment pris toute la mesure de cet acte…

    Avocate-stagiaire, je n’ai pas un emploi fatiguant physiquement, mis à part les journées à rallonge et les quelques effets de manches lors de plaidoiries. Et pourtant, la campagne est éprouvante. Travaillant à 100% dans une étude d’avocat, je n’ai pas la possibilité de quitter mon poste plus tôt le soir, ni de prendre des congés à bien plaire pour « campagner ». Alors je m’arrange : je prends des demi-journées de vacances si je n’arrive pas à faire autrement, je me rends à des événements en soirée (après 19 heures) ou le week-end, quitte à ne pas me reposer…

    En quelques semaines, les limites de notre système dit de milice m’apparaissent au quotidien. Si moi qui suis jeune, qui n’ai pas d’enfant et qui suis assise derrière un ordinateur une grande partie de la journée, je trouve que la campagne est rude, comment font les jeunes parents ? Comment fait un·e ouvrier·ère travaillant sur une chaîne de production, dans l’alimentaire ou la pharma par exemple ? Comment fait une personne ayant des horaires de nuit ? Ou cumulant plusieurs emplois[3] ?

    Pourtant, la fenêtre médiatique qui m’est offerte durant cette campagne est une chance inouïe de parler des idées politiques de mon parti avec un public attentif. Mais également de mettre en avant mes idées personnelles et les combats qui m’animent. Je fais partie de minorités extrêmement peu représentées au parlement : les femmes et les jeunes. Universitaire, mon profil professionnel correspond par contre à celui de la majorité des élu·e·s. C’est pourquoi j’aimerais que toute personne, quels que soient sa classe sociale, sa catégorie socio-professionnelle ou son âge ait cette possibilité.

    Alors pourquoi ne pas repenser nos instances pour permettre à un plus grand nombre de personne de s’investir pour nos cités ? Je n’ai pas de solution toute prête à vous proposer, mais deux pistes prometteuses :

    • Le RBI (revenu de base inconditionnel) permettrait de faire campagne sans avoir à se soucier de ne pas toucher de salaire. J’aurais ainsi pu décider de me consacrer quelques mois entièrement à la politique[4].
    • Une autre piste consiste à s’en remettre au hasard : en instaurant un tirage au sort des élue·s ou d’une partie d’entre eux-elles, avec un système de liste par parti ou alors un tirage directement dans la population majeure, toute forme de campagne personnelle serait supprimée. Cela aurait également l’avantage de limiter drastiquement les possibilités de corruption – ou de lobbying suivant la terminologie que vous utilisez – qui font tant de mal à notre société.

    « Une démocratie qui se limite aux élections n'a pas d'avenir »[5], alors pourquoi ne pas faire évoluer notre démocratie ?

    Permettre à des personnes de tout horizon de faire entendre leur voix au sein même des instances politiques serait un bon début pour l’avenir de notre démocratie.

     

     

    [1] En 2015, seul·e·s 4 candidat·e·s de moins de 30 ans avaient été élu·e·s https://www.rts.ch/info/suisse/10694831-qui-sont-les-4600-candidats-au-parlement-federal-.html

    [2] 31,7% de femmes au Conseil national, 13% au Conseil des Etat https://www.parlament.ch/fr/%C3%BCber-das-parlament/faits-donnees-chifrees/chiffres-parlementaires

    [3] https://www.rts.ch/info/suisse/10701201-toujours-plus-de-personnes-cumulent-plusieurs-emplois-en-suisse.html

    [4]Paradoxalement l'introduction du RBI, pourrait également être la fin du système de milice; les politiciennes et les politiciens pourraient se consacrer uniquement à leur mandat, sans avoir à exercer une activité rémunérée pour subvenir à leurs besoins.

    [5]David Van Reybrouck, historien et auteur, dans la BernerZeitung https://www.rts.ch/info/suisse/8668731-une-initiative-demande-que-le-conseil-national-soit-elu-par-tirage-au-sort.html

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