Milicien·ne·s, vraiment ? Repensons notre façon de faire campagne !

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Mon engagement en politique est porté par ma volonté d’améliorer notre pays, de réduire les inégalités et de permettre à chacune et chacun de bénéficier de suffisamment de ressources pour s’épanouir, comme bon lui semble. Je me suis toujours battue pour l’égalité et suis persuadée que celle-ci passe, notamment, par une meilleure représentativité de la population dans nos instances politiques. Alors lorsque l’appel interne à candidatures a été lancé, je n’ai pas hésité : pour nous ressembler, notre parlement fédéral doit être plus jeune[1] et plus féminin[2].

Je n’avais pas vraiment pris toute la mesure de cet acte…

Avocate-stagiaire, je n’ai pas un emploi fatiguant physiquement, mis à part les journées à rallonge et les quelques effets de manches lors de plaidoiries. Et pourtant, la campagne est éprouvante. Travaillant à 100% dans une étude d’avocat, je n’ai pas la possibilité de quitter mon poste plus tôt le soir, ni de prendre des congés à bien plaire pour « campagner ». Alors je m’arrange : je prends des demi-journées de vacances si je n’arrive pas à faire autrement, je me rends à des événements en soirée (après 19 heures) ou le week-end, quitte à ne pas me reposer…

En quelques semaines, les limites de notre système dit de milice m’apparaissent au quotidien. Si moi qui suis jeune, qui n’ai pas d’enfant et qui suis assise derrière un ordinateur une grande partie de la journée, je trouve que la campagne est rude, comment font les jeunes parents ? Comment fait un·e ouvrier·ère travaillant sur une chaîne de production, dans l’alimentaire ou la pharma par exemple ? Comment fait une personne ayant des horaires de nuit ? Ou cumulant plusieurs emplois[3] ?

Pourtant, la fenêtre médiatique qui m’est offerte durant cette campagne est une chance inouïe de parler des idées politiques de mon parti avec un public attentif. Mais également de mettre en avant mes idées personnelles et les combats qui m’animent. Je fais partie de minorités extrêmement peu représentées au parlement : les femmes et les jeunes. Universitaire, mon profil professionnel correspond par contre à celui de la majorité des élu·e·s. C’est pourquoi j’aimerais que toute personne, quels que soient sa classe sociale, sa catégorie socio-professionnelle ou son âge ait cette possibilité.

Alors pourquoi ne pas repenser nos instances pour permettre à un plus grand nombre de personne de s’investir pour nos cités ? Je n’ai pas de solution toute prête à vous proposer, mais deux pistes prometteuses :

  • Le RBI (revenu de base inconditionnel) permettrait de faire campagne sans avoir à se soucier de ne pas toucher de salaire. J’aurais ainsi pu décider de me consacrer quelques mois entièrement à la politique[4].
  • Une autre piste consiste à s’en remettre au hasard : en instaurant un tirage au sort des élue·s ou d’une partie d’entre eux-elles, avec un système de liste par parti ou alors un tirage directement dans la population majeure, toute forme de campagne personnelle serait supprimée. Cela aurait également l’avantage de limiter drastiquement les possibilités de corruption – ou de lobbying suivant la terminologie que vous utilisez – qui font tant de mal à notre société.

« Une démocratie qui se limite aux élections n'a pas d'avenir »[5], alors pourquoi ne pas faire évoluer notre démocratie ?

Permettre à des personnes de tout horizon de faire entendre leur voix au sein même des instances politiques serait un bon début pour l’avenir de notre démocratie.

 

 

[1] En 2015, seul·e·s 4 candidat·e·s de moins de 30 ans avaient été élu·e·s https://www.rts.ch/info/suisse/10694831-qui-sont-les-4600-candidats-au-parlement-federal-.html

[2] 31,7% de femmes au Conseil national, 13% au Conseil des Etat https://www.parlament.ch/fr/%C3%BCber-das-parlament/faits-donnees-chifrees/chiffres-parlementaires

[3] https://www.rts.ch/info/suisse/10701201-toujours-plus-de-personnes-cumulent-plusieurs-emplois-en-suisse.html

[4]Paradoxalement l'introduction du RBI, pourrait également être la fin du système de milice; les politiciennes et les politiciens pourraient se consacrer uniquement à leur mandat, sans avoir à exercer une activité rémunérée pour subvenir à leurs besoins.

[5]David Van Reybrouck, historien et auteur, dans la BernerZeitung https://www.rts.ch/info/suisse/8668731-une-initiative-demande-que-le-conseil-national-soit-elu-par-tirage-au-sort.html

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • Il n'y a pas de solution parfaite.
    Ce qu'il faut améliorer, c'est l'écoute des citoyens et par conséquent une réaction rapide aux doléances.

    Il n'y a pas besoin de représentation parfaite si le lien entre élus et population est étroit.

    Quant au tirage au sort, c'est absurde, on n'est plus dans la démocratie, et les élus ne représenteraient qu'eux-mêmes, et difficile de croire qu'ils auront plus le sens de l'intérêt général que nos élus actuels, en moyenne ce sera le contraire. La représentativité des opinions seraient médiocres. Je préfère savoir qui représente le peuple.
    Les Gilets Jaunes nous ont montré les limites d'une population qui a une éducation souvent minimum et en conséquence, le danger du tirage au sort. Par contre, ils doivent pouvoir donner leur avis via un lobby.

    La seule solution viable est une capacité plus grande de la population à donner son avis au-delà des élections. Les initiatives/referendum sont des outils trop lourd.
    Il faut des lobbies d'opinions qui représentent la population pour limiter les effets des lobbies économiques ou idéologiques.

    A vous de trouver des solutions pour faire apparaitre des lobbies "populaires" à Bern et ailleurs.

  • Femme, intelligente, universitaire, jeune et qui s’intéresse a la Démocratie, au tirage au sort et au RBI.
    Vous cumulez les qualités !

  • Excellent ! Voici deux propositions qui doivent en faire sourire plus d'un mais qui me semblent pleines de bon sens.
    Malheureusement, elles ne vont pas vous aider à vous faire élire. Je salue votre sincérité mais je pense que vous devrez un peu vous tanner le cuir si vous ne voulez pas être dégoûtée trop vite de la politique.

  • Pour ma part, je lui donne mon suffrage et je recommanderai cette candidate. Sa formation politique, que je ne connais pas, m'est égale

    Pierre Jenni, l'Important est de participer. Etre candidate, candidat est une expérience dont chaque Citoyenne et Citoyen devrait s'enrichir.
    Pour ma part, l'Expérience m'a intéressé a une multitude de sujets. Pas vous?

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