• Le sport a-t-il un sexe ?

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    Dimanche 28 juillet, le Tour de France masculin 2019 s’est terminé. Mais avez-vous déjà regardé le Tour de France féminin ? Non ? Et bien moi non plus, car il n’existe pas une telle course pour les cyclistes professionnelles. Seule une course d’une journée nommée La course by le Tour leur est proposée[1].

    Pourtant la demande existe et des cyclistes professionnelles, il y en a plein, notamment de jeunes suissesses aux résultats prometteurs. Pour ne citer que des coureuses du bout du lac, Virginie Perizzolo, Annabel Fisher et Elise Chabbey font partie de l’élite mondiale du cyclisme. Elise Chabbey, seule Suissesse en liste pour le Giro féminin[2], se classe 8ème au classement général après la première étape, 9ème après la deuxième[3] et 27ème au classement général final ; personne n’en a parlé. Ce week-end (9 au 11 août) lors du premier tour d’Ecosse femmes, elle finit deuxième de la dernière étape[4] et 5ème du général. Aucun média local ne l’a mentionné, dommage.

    Pourquoi ne pas médiatiser (ne serait-ce qu’un tout petit peu plus) ces épreuves ? Cela se fait avec succès en VTT, comme on a pu l'observer le weekend dernier, en Suisse, à la coupe du monde de Lenzerheide[5]. Pourquoi ne pas faire les mêmes étapes pour les femmes et les hommes en différé ou à une journée d’intervalle ? En somme, utiliser la même structure organisationnelle et médiatique pour les courses femmes et hommes.

    Autre compétition phare de cet été : la Coupe du monde féminine de football qui a parfaitement démontré que médiatisation et engouement vont de pair. Là aussi, le traitement n’est pas le même que pour le pendant masculin. Si Genève a accueilli la première fan-zone suisse durant la Coupe du monde féminine de football[6], seules les demi-finales ainsi que la finale (grandiose par ailleurs) ont été diffusées[7].

    Ici encore, pourquoi ne pas donner la même place au mondial féminin qu’au mondial masculin ? Le spectacle est tout autant au rendez-vous lors de ces compétitions, quel que soit le sexe des joueur·euse·s.

    Les jeunes (et les moins jeunes aussi) ont besoin de figures auxquelles s’identifier. Dans une société où les images, la télévision et les réseaux sociaux sont incontournables, des modèles féminins doivent également crever l’écran. Et quel meilleur vecteur que le sport ? Bien sûr, le sport est compétitif, mais c’est également un moment de partage, de dépassement de soi, de rigolade aussi et de mise en mouvement de corps bien souvent assis une grande partie de la journée.

    La médiatisation est un volet, le soutien des collectivités publiques aux associations sportives locales en est un autre.

    J’étais la première petite fille à l’école de foot de Bernex, tout ça parce que ma grand-maman ne comprenait pas pourquoi il n’y avait que les petits garçons qui pouvaient s’inscrire à cette activité collective du mercredi après-midi. Rapidement rejointe par d’autres filles, j’ai également intégré l’équipe féminine composée de filles bien plus âgées que moi. Surnommée la Schtroumpfette, pas douée du tout avec mes pieds et un ballon, j’ai tout de même appris le sport d’équipe, le dépassement de soi, la camaraderie. L’inégalité aussi : nos entraîneurs devaient se battre pour que nous puissions nous entraîner sur un terrain convenable et nous n’avions pas d’équipement alors que nos homologues masculins en disposaient.

    Instaurer un Gender budgeting ou analyse genrée des budgets en matière de sport permet d’analyser les dépenses publiques afin d'objectifier les différences de traitement entre les femmes et les hommes et rééquilibrer la répartition des crédits budgétaires entre les sexes. Pour le sport cela signifie évaluer les différences entre les budgets, les subventions allouées aux équipes féminines et masculines ou encore entre clubs majoritairement fréquenté par des femmes et ceux majoritairement fréquentés par les hommes. Ne serait-ce que parce que l’exercice est intéressant et que la prise de conscience est le premier pas vers le changement, instaurons des gender budgeting (c’est le cas à Bernex, depuis une motion des Socialistes et Vert-e-s)[8].

    Le sport doit être promu pour toutes et tous. Tant au niveau médiatique qu’au niveau des ressources qui lui sont allouées. Pour ma part, en souvenir de la petite fille que j’étais qui aurait aimé pouvoir s’identifier à des sportives et pour que les enfants puissent désormais bénéficier de modèles des deux sexes, je m’engage à mettre en avant les personnes invisibilisées dans le sport. Alors n’hésitez pas à aller encourager le Servette FC Chênois Féminin (prochain match à Genève le 24 août à 16h30 au stade de Balexert[9]) ainsi que les cyclistes lorsqu’elles participeront à des courses dans notre canton.

     

    P.S: Peu de temps après la publication de cette note, un article de presse consacré à Elise Chabbey mentionne sa 5ème place au Tour d’Écosse, je m'en réjouis ! https://www.tdg.ch/sports/actu/elise-chabbey-art-joyeux-velo-studieux/story/13548764

     

    [1] https://www.lesinrocks.com/2019/07/24/actualite/actualite/pourquoi-ny-a-t-il-pas-de-tour-de-france-feminin/ un super article sur la question

    [2] Course par étapes qui a eu lieu du 5 au 14 juillet 2019 https://www.girorosaiccrea.it/page/default.asp?i_menuID=58014

    [3] http://www.cyclingnews.com/races/giro-ditalia-internazionale-femminile-2019/stage-2/results/

    [4] https://www.procyclingstats.com/race/women-s-tour-of-scotland/2019/stage-3

    [5] https://www.rts.ch/sport/cyclisme/10621920-vtt-emilie-siegenthaler-sur-le-podium-a-lenzerheide.html

    [6] http://www.ville-geneve.ch/mairie-geneve/manifestations-evenements/coupe-monde-feminine-football

    [7] https://www.rts.ch/info/regions/geneve/10499459-une-fan-zone-inedite-a-geneve-pour-la-coupe-du-monde-de-foot-feminin.html

    [8] https://www.facebook.com/psbernex/posts/2758787577470187?__tn__=K-R

    [9] https://www.football.ch/fr/ASF/Juniorinnen-und-Frauenfussball/Championnats/LNA/Statistiques-et-resultats.aspx/oid-1/s-2020/ln-21010/ls-18411/sg-53701/a-msp/ calendrier de tous les matchs.

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